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Wallbeuti

"Wallbeuti" : toile photographique par Mabeye Deme

Une exposition dans un appartement ? Pourquoi pas… Un cadre inattendu (mais de qualité) pour découvrir, à la galerie Abrupt, "Wallbeuti" (l’envers du décor en langue wolof), série photographique envoûtante de Mabeye Deme.
par BENJAMIN BARDINET

Il y a quelques années, la galerie Abrupt avait pignon sur rue à Grenoble. Désormais fermée, son ex-directrice s’est autorisée une résurrection en appartement (le sien) tout à fait enthousiasmante après avoir découvert le travail de Mabeye Deme – pour lequel elle a eu un coup de foudre. Un photographe d’origine sénégalaise qui a tiré profit de la présence des nombreuses tentes installées à Dakar pour imaginer un dispositif de prise de vue qui confère une singularité remarquable à ses images.

Installé derrière le voile léger de ces tentes, Mabeye Deme profite d’être dissimulé des passants pour les photographier à leur insu. Le dispositif, assez simple, permet de produire des images dont on ne se lasse pas de découvrir l’inépuisable richesse visuelle…

Surface sensible

Parfois, la mise au point est faite sur les passants, la trame de la toile devenant alors comme le grain constitutif de l’image (on croirait un effet vintage) ; d’autres fois, cette même toile élimée et rafistolée apparaît dans toute sa netteté au premier plan et compose une graphie abstraite tandis qu’au second plan, les silhouettes fantomatiques des personnages semblent se diluer dans sa texture. Simple mais ingénieux, ce procédé de prise de vue fait ainsi de la toile une sorte de surface sensible et inscrit Mabeye Deme dans la tradition des photographes-bricoleurs dont les dispositifs permettent de donner du monde une image singulière.

En bonus, pour celles et ceux qui veulent du rab’, quelques photographies de la série sont également exposées à la librairie le Square, mais les conditions d’accrochage ne sont pas aussi optimales que dans cet appartement-galerie temporaire de grande qualité… À noter également qu’en clôture de l’exposition (le jour et l’heure exacts ne sont pas encore définis) sera projeté un film documentaire de Sarah Mekdjian consacré à un golf aujourd’hui en ruines construit sur un espace naturel de la banlieue de Dakar. "Envers du décor" à nouveau.

L’alphabet plastique des photographies de Mabeye Deme
Par Pierre Reboul

Envie de vous faire partager ces photographies ensoleillées, vastes, ouvertes, immémoriales.

D’abord un choc esthétique, dévoilement de la beauté saisie à travers l’écran d’une voile d’étoffe brute. Derrière cette voile ? Des silhouettes dans leur monde, toutes à leur trajectoire, indépendantes, sans l’apprêt que donne la pose ou le sentiment d’être observé. Dans leur liberté d’être.

Dans un second temps, impatient désir de comprendre les secrets de fabrication de ces images, à la fois si simples et si composées.
Derrière un rideau balancé par le vent, ondoyant, la rue.
Le plus souvent, une rue de terre battue où la couleur minérale prend toute la place. Variation assourdie de la palette des ocres. Minéralisation du paysage. Pétrification des signes.Empreintes de la vie des habitants. Une chose est belle parce que la vie s’est déployée et se déploie en elle.

Dans la rue, une silhouette passe. Ou regarde passer.
Légèrement floue, imprécise, porteuse de la lumière intense du jour, mais fantômatique. Immobile, figée dans un rayon de lumière. Le geste suspendu autour d’un objet du quotidien : un baril au velouté de lapis-lazuli, une bassine d’un blanc récuré, deux éventails au camaïeu subtil. Le reflet d’un turban happé dans son architecture complexe, l’impulsion d’un salto arrière suspendu dans l’espace, l’ondoiement d’un drapé s’ajustant au coup de vent qui le plaque contre un corps.

La photographie capte cet instant : l’invisible du temps dans son mouvement. Ah, l’infime seconde de l’opportunité juste !
Entre mon regard et le sujet de la photographie, toujours l’écran d’un velum grossier, brûlé par le soleil, déchiré, rapiécé. Un voile irrégulier, dégradé, humble.
Évocation de choses vieillies, modestes, trouées, habitées par l’usage.
Voile de pudeur du photographe qui n’ose montrer tant de proximité, d’intimité livrée, sans y mettre un filtre.

Je me suis réjoui de cette capacité de Mabeye Deme à saisir les humains non dans leur apparence mais dans leur essence. En préservant leur individualité, il laisse transparaitre d’eux notre héritage commun, celui dont ils sont les dépositaires inconscients.
Et Mabeye Deme va le débusquer pour nous révèler cette part inconnue de nous.

Grenoble, mars 2019

 

 
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